Histoire de Mahdia

La situation géographique stratégique de Mahdia et ses fortifications permettent à la ville, connue successivement sous les noms de JemmaAphrodisium et Cap Africa, de jouer un rôle de premier plan dans le bassin méditerranéen jusqu’au xvie siècle. Mahdia est tout d’abord un comptoir phénicien puis romain sous le nom d’Aphrodisium. L’épave de Mahdia, remontant au ier siècle av. J.-C. et chargée d’objets d’art athéniens a été retrouvée au xxe siècle (vers 1907) à six kilomètres au large de Mahdia ; elle fait de cette dernière l’un des plus riches sites de l’archéologie sous-marine en Tunisie.

Croisade contre Mahdia en 1390

L’année 916 voit l’arrivée du premier calife fatimide Ubayd Allah al-Mahdi qui ordonne la fondation de Mahdia, dont la construction s’étale sur cinq ans, et qui lui donne son nom actuel. La ville devient ainsi la capitale des Fatimides en 921et le reste jusqu’en 973, date à laquelle Mahdia est remplacée par Le Caire. Assiégée durant huit mois (944945) par les kharidjites sous la conduite de leur chef Abu Yazid, la ville résiste victorieusement. En 1057, les Zirides s’y réfugient face à la menace des Hilaliens.

En 10861087, pour faire cesser les attaques répétées des corsaires de cette région, notamment celles orchestrées par le souverain ziride Tamim (1062-1108), les grandes villes marchandes du nord du bassin méditerranéen — GênesPiseAmalfiSalerne et Gaeta — arment des bâtiments et s’emparent de Mahdia.

L’attaque, menée par Hughes de Pise, bénéficie de l’aide de Rome ; elle implique également le seigneur Pantaleone d’Amalfi et reçoit le soutien de Mathilde de Toscane.

Bien que Mahdia soit prise, les Italiens ne parviennent pas à la conserver. L’argent du butin est dépensé dans la cathédrale de Pise et la construction d’une nouvelle église. L’historien des croisades Carl Erdmann considère ce raid comme un précurseur direct de la première croisade, qui débute huit ans plus tard, car elle est menée sous la bannière de Saint Pierre contre un chef musulman. Le roi normand Roger II de Sicile l’occupe en 1148 et maintient son assise jusqu’à la chute de la ville, dans les premiers jours de 1160, aux mains des Almohades. La ville perd alors son importance politique au profit de Tunis mais n’en demeure pas moins un important port. La ville fait face au cours de son histoire à plusieurs sièges.

Carte de Mahdia en 1535

En 1390, devant la perte de ses positions commerciales en Tunisie en faveur de VeniseGênes organise une expédition militaire à laquelle elle souhaite donner le caractère d’une nouvelle croisade, au prétexte de se venger de la piraterie des barbaresques contre les chrétiens ; la cité obtient l’assistance d’un corps de seigneurs franco-anglais, dont Louis II de Bourbon qui en prend le commandement. La place forte, défendue par les Berbères de Bougie, de Bône, de Constantine et d’autres régions du Maghreb, venus au secours des Tunisiens, résiste à toutes les attaques. Les Européens, que les mésintelligences ne tardent pas à diviser, sont obligés de reprendre la mer après 61 jours de combats infructueux.

Mahdia est prise au xvie siècle par le corsaire Dragut qui en fait son repèreCharles Quint s’empare de la ville en 1550 et les Espagnols y restent jusqu’en 1554.

En repartant, ils font sauter les remparts que les Ottomans ne reconstruisent que partiellement à leur retour. La ville retrouve peu à peu son calme et devient l’un des plus grands ports de pêche de Tunisie.